La Chine desserre l’étau autour du secteur de l’armement

La Chine s’est engagée à ouvrir le secteur de l’industrie militaire aux investissements étrangers, qui était auparavant le pré carré de l’État, ce qui a accéléré la restructuration des entreprises de l’armement et qui a encouragé quelques entreprises très expérimentées à rechercher un PAPE (premier appel public à l’épargne) sur les marchés étrangers, d’après la Commission scientifique, technique et industrielle pour la défense nationale (COSTIDN) dans une déclaration publiée sur le site Internet de la commission, le 22 juin dernier.

La COSTIDN a indiqué que la Chine autoriserait les investisseurs étrangers à « participer sous conditions à la restructuration de l’actionnariat des entreprises nationales du secteur de la défense ».

Cette déclaration, publiée conjointement par la Commission pour le développement et la réforme ainsi que la Commission de contrôle et de gestion des biens publics, a précisé que les entreprises souhaitant concevoir et produire des armes stratégiques ou des armes de guerre qui relèvent du secret d’État ainsi que la production d’armes pouvant avoir des répercussions directes sur la sécurité nationale seraient encore strictement interdites à tout investissement étranger.

La rédaction d’une série de lois provisoires est actuellement en cours et devrait sans aucun doute réduire le fossé entre les réformes proposées par le pouvoir politique et celles voulues par les industriels de la défense, qui avaient déjà fait l’objet d’une série de lois il y a sept ans. La marge de manœuvre de celles-ci avait été faible, en raison d’un manque de politiques concrètes et explicites à ce sujet. Parmi les plusieurs milliers d’entreprises chinoises faisant partie des dix premiers complexes militaro-industriels du pays, seules quarante-neuf pourront procéder à cette restructuration, principalement en participant à la transformation de leurs activités, du militaire au civil.

L’ampleur de l’ouverture aux capitaux privés sera fonction de l’importance des armes produites. Les investissements extérieurs, y compris ceux provenant de l’étranger, seront dirigés vers les entreprises qui produisent un équipement militaire moins sensible mais également vers les marché civil et de grande consommation .

Cette déclaration divise la restructuration du secteur de l’armement national en trois groupes. Dans le premier, les quelques entreprises clé du secteur dont la production relève de la sécurité nationale stratégique et du secret d’État resteront entre les mains de l’État. Dans le deuxième, l’État contrôlera les participations des entreprises qui conçoivent, assemblent et produisent des armes et des systèmes d’importance cruciale. L’investissement privé national sera favorisé afin de participer à la restructuration adaptée au marché, à la constitution et à la fusion d’entreprises. Par ailleurs, ces entreprises seront autorisées à louer, transférer ou mettre aux enchères les biens ne faisant pas partie de leur cœur de métier.

Le troisième groupe pourra entamer diverses réformes de son actionnariat, selon l’importance des armes produites, ce qui susciterait les investissements locaux ou internationaux dans le marché financier.

D’après la COSTIDN, l’organisme de régulation de l’industrie de l’armement, près de 1000 fabricants d’armes pourront bénéficier des investissements provenant de l’étranger, notamment dans la logistique, le matériel du renseignement, la conception de machinerie lourde et de pièces d’armement.

« Notre objectif à long-terme est de transformer notre industrie d’armement en une industrie mieux adaptée, plus innovante » a affirmé Huang Qiang, porte-parole de la COSTIDN. « La décision d’accroître rapidement la part de l’actionnariat dans les entreprises de l’armement facilite une plus forte mobilisation de nouvelles sources de financement et de tirer pleinement parti des capitaux non-étatiques afin de perfectionner le secteur de l’armement dans son ensemble ».

Huang estime qu’à la suite de cette réforme, les producteurs d’armes qui remplissent un certain nombre de conditions obtiendront par la suite des certificats pour la recherche scientifique et la production de produits militaires dont la délivrance pourra être renouvelée.

Ju Jinwen, attaché de recherche à l’Académie des Sciences sociales de Chine, estimait que le secteur de l’armement chinois évolue du rôle d’une industrie fermée, monopole de l’État à celui d’une industrie plus ouverte et compétitive. L’investissement privé améliorera la capacité d’innovation de la production d’armes du pays et l’efficacité des dépenses de l’État dans le domaine de la Défense.

Luo Kaiyuan, chercheur au China Information Center, a déclaré que la mondialisation avait intensifié la concurrence au sein de l’industrie mondiale. En conséquence, les producteurs d’armes chinois devront relancer leur compétitivité par le biais de restructurations et de réformes. Le cas échéant, le pays verrait le fossé qui le sépare des principaux pays développés dans ce secteur s’élargir, ce qui pourrait entraver l’établissement du secteur de la Défense et son développement économique.

Plus d’infos : http://www.bjinformation.com/alaune/txt/2007-07/23/content_70046.htm