L’utilisation de l’information fait partie de cette guerre à laquelle se livrent les Etats et les grandes entreprises.
« Pour faciliter la conquête des marchés, l’administration américaine a mis en réseau tous les services de l’Etat susceptibles d’aider les entreprises, grandes ou petites. Il s’agissait de leur permettre d’accéder à toutes les informations qui pouvaient leur être utile, explique Marc Racine, commissaire divisionnaire aux renseignements généraux. Le concept d’IE est à la confluence de trois idées forces : le formidable affrontement concurrentiel, conséquence de la mondialisation ; la difficulté pour les entreprises d’avoir des stratégies d’anticipation à cause du développement des multinationales, des groupes de pression et des stratégies d’influence; enfin, avec le développement des technologies de l’information, l’information technologique est devenue vitale pour les entreprises ».
La première arme de cette guerre nouvelle est en effet l’information. L’intelligence économique, c’est l’art de tout savoir sur tout pour préparer l’avenir. Il ne s’agit plus d’espionner, mais d’observer l’environnement économique dans un cadre légal. La nuance est de taille : l’IE s’attache à recueillir des informations ouvertes, accessibles dans la presse, sur les salons internationaux ou nationaux, sur Internet ou lors de colloques. Elle relève d’abord de l’organisation de l’entreprise, même si, parallèlement, les Etats peuvent en faire un outil de stratégie économique nationale, à l’instar des Etats-Unis, de la Suède, du Japon ou du Royaume-Uni.
Mémoire, réseaux, analyse et maîtrise
«L’entreprise répertorie des sources d’informations et des connaissances avant même d’en avoir besoin, explique Bernard Besson, (2). Elle se constitue ainsi une mémoire, en partant du principe que 90% des questions qu’elle peut se poser ont une réponse quelque part sur la planète».
L'entreprise identifie ensuite ses réseaux de spécialistes : ingénieurs, juristes, clients, fournisseurs, représentants syndicaux, ouvriers, capables d’analyser et de porter un jugement sur telle ou telle question. « Lorsque l’entreprise s’interroge sur le bon fonctionnement d’un service, sur la possibilité de gagner des marchés dans un pays, elle sait déjà à qui s’adresser pour avoir une réponse ». Le bon interlocuteur n’est plus nécessairement celui qui occupe une responsabilité institutionnelle, mais celui qui possède un savoir-faire, une connaissance.
Savoir = pouvoir
« Les audits d’IE révèlent que les entreprises consacrent un budget à l'intelligence économique, même sans le savoir. Ils montrent également que toutes les organisations souffrent de la rétention de l’information », poursuit Bernard Besson. Le savoir est synonyme de pouvoir et il est tentant de pratiquer la rétention d’information pour préserver sa parcelle d’influence. Mais, aujourd'hui, savoir partager est synonyme de survie de l’entreprise.
L’IE prône la circulation optimale de l’information, le décloisonnement des fonctions et le partage du savoir, seul moyen d’apporter à ce dernier de la valeur ajoutée. C’est une autre façon de penser l’entreprise. Il ne s’agit pour autant pas d’une guerre d’écoles : l’intelligence économique semble désormais incontournable et de nombreux pays en ont fait leur arme favorite. Si l’ère industrielle a disparu au profit de celle des technologies de l’information, la guerre a aussi changé de visage. Les morts ont leur virtualité. Ils ne tombent plus dans les tranchées, mais au champ d’honneur du chômage et de l’exclusion.
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Source : Ministère de l'Intérieur |
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